Je file

Je ne sais pas si c’est le vent dans mes cheveux
Le soleil qui brille encore
19 septembre en sandales blanches
Le rose de mon pantalon de printemps
Je ne sais pas si c’est le cri des enfants
La lumière qui frappe dans le dôme
Au milieu du cimetière
Je ne sais pas si c’est l’odeur familière
De croissant de tilleuls les guêpes
Mais ce sourire (…)

Gegenwelt

Mesdames et messieurs nous sommes ravies de vous accueillir dans ce contre-monde écrit, mis en scène et interprété par… Moi-même. Méthode dangereuse mais efficace, consistant à quitter totalement la réalité. Perdre pied. Devenir personnage pour de vrai.

Maigrir d’amour et d’eau tiède

Je suis partie dans la nuit avant la nuit. J’ai traîné ma valise dans la lumière d’un soleil éteint. Je n’ai pas regardé à droite je n’ai pas regardé à gauche tout droit, tout droit jusqu’à la gare. On est venu la chercher elle s’effondre dans les bras qui l’enserre.

Le bruit de nos corps

J’imagine le bruit de nos corps. Clac. Le bruit qu’ils feraient que feraient nos deux corps se rencontrant à nouveau. Car je me jetterais dans tes bras. Tu les ouvrirais grand les refermerais vite. Et juste avant que je m’y jette dans les derniers mètres tu plongeras ton regard dans le mien une lueur de bonheur allumera ton visage et moi, cette fois-ci, je ne fuirai pas tes yeux je regarderai toi cette fois-ci je ne dirai rien rien rien.

T’aimer de loin

Quand je te vois je perds mes mots je ne sais plus quoi dire comment le dire les syllabes s’emmêlent et se confondent mais ce n’est pas important. Ce n’est pas important parce qu’on n’est pas fait pour parler toi et moi. On est fait pour se toucher. S’effleurer. Il y en a qui parlent de tout qui peuvent s’échanger des millions de mots pendant que nous échangeons des millions de frissons.

Funambule

Ma vie je la passe sur un fil. Parfois je tombe. Et quand le soleil brille je m’envole. Une semaine de chaleur et je monte, monte, monte et je fais tout pour ne pas regarder en bas car je sais que plus je monte plus…

Transpirer le monde

Est-ce que c’est ça l’angoisse de la page blanche ? J’ai toujours cru que c’était quand on n’avait plus rien à dire. Moi j’ai beaucoup de choses à dire. Enfin l’impression d’avoir beaucoup de choses à dire. Le problème c’est que je n’ai plus la force d’écrire. Plus envie ? Mon Dieu que c’est triste.

Des hauts, des bas, des trains

Lundi tout a changé. Lundi, mardi, mercredi, jeudi et puis aujourd’hui, vendredi, le réveil a sonné à 7h55. Le petit déjeuner était prêt à 8h15. Les dents lavées à 8h55, et à 9h08 le S-Bahn quittait le pont. Cette routine dure depuis cinq jours, et voilà cinq jours qu’entre 9h08 et 9h31 elle affiche sur le visage une lumière ancienne et délicieuse, de la couleur des ampoules qu’on a depuis toujours et qu’on s’étonne de ne jamais remplacer.

Salle de classe

J’ai l’impression d’être une maîtresse d’école. Une salle de classe. Deux élèves. A ma gauche, la première de la classe, brillante, jupe plissée et tresses en épis de blé. Elle lève le doigt, trépigne sur sa chaise, elle a réponse à tout. Sa phrase préférée : c’est normal enfin, regarde, tous les autres le font.

Travaille

Mon cœur bat vite. Trop vite. Comme au temps des pilules des ecstasys. Je suis allongée sur un lit blanc. Cela fait vingt-quatre heures. J’ai dormi treize heures. La chambre est blanche et bois. Le lit est grand. La fenêtre donne sur l’aéroport. Les avions atterrissent dans un grand bruit. Il fait chaud. 31 degrés. Lisbonne. Cela fait vingt-quatre heures que je n’ai pas quitté la chambre.

Il fait chaud

Il fait chaud. Vraiment chaud. 30.8 affiche le thermomètre. Il y a une semaine j’avais un k-way. Des chaussettes, mais chaussons n’étaient pas rangés. Ce matin je danse. That look you give that guy, instead of me. J’écarte les bras, je balance d’un pied sur l’autre, je souris. Je caresse mes cheveux qui dégoulinent, je sors de la douche, il fait chaud. Vraiment chaud.