T’aimer de loin

Quand je te vois je perds mes mots je ne sais plus quoi dire comment le dire les syllabes s’emmêlent et se confondent mais ce n’est pas important. Ce n’est pas important parce qu’on n’est pas fait pour parler toi et moi. On est fait pour se toucher. S’effleurer. Il y en a qui parlent de tout qui peuvent s’échanger des millions de mots pendant que nous échangeons des millions de frissons.

Funambule

Ma vie je la passe sur un fil. Parfois je tombe. Et quand le soleil brille je m’envole. Une semaine de chaleur et je monte, monte, monte et je fais tout pour ne pas regarder en bas car je sais que plus je monte plus…

Transpirer le monde

Est-ce que c’est ça l’angoisse de la page blanche ? J’ai toujours cru que c’était quand on n’avait plus rien à dire. Moi j’ai beaucoup de choses à dire. Enfin l’impression d’avoir beaucoup de choses à dire. Le problème c’est que je n’ai plus la force d’écrire. Plus envie ? Mon Dieu que c’est triste.

Des hauts, des bas, des trains

Lundi tout a changé. Lundi, mardi, mercredi, jeudi et puis aujourd’hui, vendredi, le réveil a sonné à 7h55. Le petit déjeuner était prêt à 8h15. Les dents lavées à 8h55, et à 9h08 le S-Bahn quittait le pont. Cette routine dure depuis cinq jours, et voilà cinq jours qu’entre 9h08 et 9h31 elle affiche sur le visage une lumière ancienne et délicieuse, de la couleur des ampoules qu’on a depuis toujours et qu’on s’étonne de ne jamais remplacer.

Salle de classe

J’ai l’impression d’être une maîtresse d’école. Une salle de classe. Deux élèves. A ma gauche, la première de la classe, brillante, jupe plissée et tresses en épis de blé. Elle lève le doigt, trépigne sur sa chaise, elle a réponse à tout. Sa phrase préférée : c’est normal enfin, regarde, tous les autres le font.

Travaille

Mon cœur bat vite. Trop vite. Comme au temps des pilules des ecstasys. Je suis allongée sur un lit blanc. Cela fait vingt-quatre heures. J’ai dormi treize heures. La chambre est blanche et bois. Le lit est grand. La fenêtre donne sur l’aéroport. Les avions atterrissent dans un grand bruit. Il fait chaud. 31 degrés. Lisbonne. Cela fait vingt-quatre heures que je n’ai pas quitté la chambre.

Il fait chaud

Il fait chaud. Vraiment chaud. 30.8 affiche le thermomètre. Il y a une semaine j’avais un k-way. Des chaussettes, mais chaussons n’étaient pas rangés. Ce matin je danse. That look you give that guy, instead of me. J’écarte les bras, je balance d’un pied sur l’autre, je souris. Je caresse mes cheveux qui dégoulinent, je sors de la douche, il fait chaud. Vraiment chaud.

Le bain

Elle avait réussi à le mettre dans un bain. Il détestait les bains. Il avait toujours détesté les bains, et voilà qu’il était nu dans l’eau trop chaude qui bientôt serait trop froide.

Exponentiel

Elle ouvrit les yeux, la chambre était plongée dans le noir. Les oiseaux s’extasiaient au-dehors. Elle souleva la couverture, posa ses pieds sur le sol et alla ouvrir le rideau. Dans le champ, Paul, le voisin, lui fit signe sur son tracteur.

Emmanuelle Pagano – En résonnance

Elle va venir. Elle est sûrement sur la route. Dans sa voiture une place. A deux on est déjà trop serrés. Trop de souvenirs, trop de malaises. De non dits sans doute. Elle va venir.

Ta maman va arriver, on l’a appelée ce matin.
Je n’ai pas eu la force de dire à l’infirmière que non, elle n’allait pas venir. Enfin si, mais mal à l’aise. Pleine de souvenirs et de doutes. Je ne l’ai pas dit. C’était trop tard de toutes façons.

Vous vous rappelez ce qui s’est passé ?
Etrange ce soudain vouvoiement. C’est vrai que je fais plus que mon âge. C’est toujours moi qu’on envoie acheter l’alcool.

Ce sera au soleil

Si un jour je déménage ce devra être au soleil
Dernier étage sous les toits sous l’étoile
Au soleil