©Le Berlinographe

Il fut un temps où j’écrivais des lettres d’amour

Je me rappelle de cette phrase, perdue dans les montagnes suisses. Soleil couchant. Ce serait bucolique si ce n’était pas si stressant : mon train, mes trains, ont eu du retard. Pas de réseau, on m’attend. Je me rappelle de cette phrase : « moi aussi, il fut un temps où j’écrivais des lettres d’amour. » Une amie, à peine plus âgée, qui séchait mes larmes. « Moi aussi je tombais amoureuse dans la seconde, j’offrais mon coeur et tout mon corps, j’écrivais des lettres d’amour. »

Elle l’aime

Elle pleure parce qu’elle l’aime. Parce qu’il l’aime sûrement lui aussi. Ou plus. Ou il ne l’a jamais aimé. Mais qu’importe, elle l’aime et ça ne marchera jamais.

Pourtant elle ne le déteste pas

Ca fait sept mois. Sept mois qu’elle n’a pas glissé un pied sur son parquet sombre. Sept mois qu’elle ne s’est pas allongée sur son tapis, sept mois qu’elle n’a pas arrosé le basilic qu’ils avaient planté ensemble. Sept mois qu’elle n’a pas senti la…

©bruno collinet

Le vieil homme et la fille corail

La musique résonne dans ses oreilles. Il est resté debout, même s’il est fatigué de sa nuit, fatigué de sa nuit passée à rendre la monnaie à des gens qui n’auraient pas dû être au volant de toutes ces voitures qui ont besoin d’essence. Il déteste les dimanches matin. Il sait que sur tous ces gens à qui il rend la monnaie, tous ces gens qui achètent cafés, thés, bonbons pour se réveiller, un, au moins, n’atteindra jamais sa destination. Certains s’y prennent parfois à trois fois pour lui tendre assez d’argent, encore dans les brumes de la soirée de la veille. Qui n’en finit plus. Qui n’en finira pas. Il est midi, l’heure de rentrer faire la sieste. Il a mis son casque sur les oreilles, celui que lui a offert sa nièce à Noël. Un casque de marque Bose. Le meilleur paraît-il. Il n’en sait rien, mais ce qu’il sait, c’est que le son est diablement bon. Une fois qu’il pose ce casque sur ses oreilles, il sent la nuit s’en aller, il ne pense plus à tous ces gens bourrés au volant de leur voiture pleine d’essence à brûler, il ne pense pas non plus à la douceur du canapé qui l’attend, il vit la musique. Sa musique.

Surtout ne changez rien

Elle avait été repérée dans le métro un matin. Elle faisait partie de ces filles qui n’ont besoin de rien lui avait-on dit. Ce on était une elle. Melody. Elle s’était dit dès le début que ce n’était sûrement pas son vrai prénom. Cette femme devait s’appeler Brigitte….

danse2016

Qu’est-ce qu’une danse d’adulte

Elle était allée à ce concert pour se changer les idées. Pour changer d’air. Depuis qu’elle a tout quitté pour vivre de son art, les journées à la maison sont longues. Parce qu’elle n’a pas l’argent pour louer un bureau en plus d’un appartement, l’appartement…

©Chloé Desnoyers

Parce qu’il avait trop bu

Il avait trop bu. Il avait vraiment trop bu. Ses muscles s’engourdissaient peu à peu. Lui qui dansait il y a dix minutes, s’était assis il y a cinq minutes et s’enfonçait maintenant dans le canapé. Il continuait à taper des mains sur ses cuisses mais même cela était devenu difficile. Un concert de jazz manouche, voilà où il s’était rendu ce soir en sortant du boulot. Avec des copains, ses copains de toujours, ses copains de Berlin, ceux qu’il avait connu en arrivant huit ans plus tôt. Huit ans ? Douze en fait. Douze ans… Ses copains de bière, ses copains de club, ses copains de drogue, ses copains qui avaient eu des enfants, qui s’étaient mariés, qui avaient divorcé, buvaient trop eux aussi. Ses copains qui dansaient maintenant. Il avait trop bu. Enfin pas tant que ça, des bières à l’apéro oui, un « kurz » en arrivant. Des bières, combien, trois, cinq ? Et puis il avait terminé les cocktails des copines de ses copains. Si, il avait bu. Trop bu.

Comment l’ascenseur se fit trou noir

Elle poussa la première porte. Elle avait du chercher ses clés longtemps avant de faire ce geste. Parce qu’elles n’étaient pas dans la poche avant gauche de son sac. Non elle n’y était pas. Pourtant elles y étaient toujours. Pourtant elle dormait soi-disant toujours chez…

En Vente! Les Egarés

Chers tous, j’ai le plaisir de vous annoncer la « sortie », en tout cas la mise à disposition de Les Egarés, mon deuxième roman. « Berlin c’est la ville des gens paumés. Comme si on avait tous choisi de se réunir ici pour un colloque sur…

Parce que ses mains lui avaient dit de revenir

Le soleil déclinait. Une froide lumière de fin de journée. Plus vraiment de quoi cligner des yeux, même en regardant droit dans la lumière. Avec défiance. Avec regret. Amertume aussi. L’hiver n’en finit plus. C’est souvent comme ça. C’est toujours comme ça. Il lui avait…

Parce qu’aimer n’est pas jouet

Il a joué avec moi. Il m’a utilisée. Il m’a aimée, jetée, reprise, rejetée. Il se sert de moi comme miroir. Il ne m’apporte rien. Il veut prendre. Prendre. Jeter. Et s’il n’avait pas joué ? Et s’il n’avait jamais joué ? S’il ne m’avait…