Pourquoi j’entends des voix dans mon casque

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©Le Berlinographe

Me voilà dans l’avion. Encore. Encore un avion. Décidément… Un autre pays cette fois, plus proche de moi paraît-il, Frankreich, pourquoi pas oui. Le cœur qui bat fort, encore, c’est fou cette propension de l’avion à accélérer les battements. Me voilà dans Paris maintenant. Beauté, chaleur, charisme. Le juste reflet de ce que je vois dans ses yeux. Ses yeux à elle. A toi ma belle, qui me dit ne pas l’aimer tant que ça, cette ville lumière. Mais entre nous, entre deux enfants du soleil, je te comprends, rien n’est plus triste que la lumière artificielle. Et l’artifice nous connaissons trop bien de là où l’on vient. A la recherche de l’honnêteté, la pureté de la chose, un peu naïves tu ne crois pas ? Symbole de notre âge pour sûr. Conscientes de cette candeur à laquelle ni toi ni moi ne sommes encore prêtes à renoncer.

A toi ma belle, à ta beauté, ton sourire aux mille degrés, à ton charisme, ta candeur, ton charme et ta noirceur. Celle de tes yeux qui te va si bien. Surtout quand tu souris. Je trinque à toi, à celle qui me rappelle encore une fois que je ne suis pas seule dans ce monde un peu gris. A cette passion qui nous anime, peindre l’univers pour qu’il fasse un peu moins de bruit. A cette passion qui nous ranime, quand tout s’éteint. A cette passion qui nous tient, nous élève, nous pousse en avant. Nous jette en avant. Nous balance dans la vie, trois outils dans les poches. Un casque sur les oreilles. Un micro dans la main.

Nous fera vivre un jour, mais nous fait vivre maintenant, l’instant présent. Assises sur les bords de la Seine, le soleil qui descend doucement, le chant du carrousel, un rosé enivrant. Tu m’impressionnes, parce que tu donnes, tu donnes et ne cherches pas à prendre. Assez confiante pour avancer, assez frileuse pour ne pas te précipiter. Pas à pas, faussement grande mais loin d’être une petite chose fragile. Juste assez pour impressionner, pour t’impressionner toi-même un peu.

On a tous peur de ce qui vient, pourrait arriver, pourrait ne pas venir, la différence se fait pour ceux qui se mettent néanmoins en avant. A l’aveugle, sans attache, sans harnais, sans filet. Si tu tournes la tête, tu me verras sur la corde d’à-côté. Tu me verras tendre la main vers toi. L’important n’est pas ce qui nous tient, nous retient, nous soutient, l’important c’est d’avoir quelqu’un à côté. Avancer sans se pousser. Donner, parce qu’il paraît qu’il nous sera donné.

Nous voilà toutes les deux dans cet ascenseur froid, nous voilà toutes les deux autour de cette table en bois. Un casque sur les oreilles, passionnées. A l’écoute. De cet autre un peu plus loin sur le chemin, de celui-là là-bas qui chante, et puis de nous bien sûr. Nous voilà toutes les deux à nous demander ce qui nous attend, et quels sentiers foireux nous y emmèneront. Nous voilà en train de sourire, sûrement pas au crétin d’en face qui fait le beau avec sa guitare non, nous voilà en train de sourire à l’inconnu, à cette passion commune, celle d’obéir à notre instinct sensible, de marcher à l’aveugle dans la ville, un casque sur les oreilles, un micro dans la main. Raconter des histoires, donner, et soudain recevoir.

Un commentaire

  1. René Jackson Nkowa
    René Jackson · juillet 5, 2014

    Un casque à l’oreille tout le temps. Mais sans micro. Juste du son dans les oreilles, les pas qui se succèdent, les mains dans les poche sous la bise de l’hiver qui arrive, l’émerveillement qui succède à l’horreur dans les yeux. Il est vrai qu’on peut facilement se trouver décalé, apprécier une pièce alors que tout le monde fait pouah! parce que c’est la première fois que tu vas dans un théâtre et que tu ne comprends pas tout.

    Ce sont toutes ces choses qui font le charme (ou pas) d’une ville.

    Paris.