Pourquoi mes rires sont des sanglots de joie

22 février 2015

Pourquoi mes rires sont des sanglots de joie

prague

Je ne changerais de corps pour rien au monde. Voilà les mots qui sont sortis de ma bouche. Enfin. Après dix, quinze minutes de silence peut-être, le silence de mes lèvres, et un silence total. Plus de voiture, plus de vent, de cris, d’oiseaux, arrêtés, stoppés au vol. Et pourtant non. Le temps lui ne s’est pas arrêté. Me voilà seulement sourde au reste du monde. Mon oreille savoure le seul frémissement du soleil sur les briques, les murs, leurs frissons, leurs murmures de plaisir, et le mien.

Des murmures qui ne sont pas les miens. Mes yeux ne clignent plus. Je sais que j’ai quitté mon corps, ou plutôt non, je sais que je n’y suis plus seule. Plus aux commandes. Pas de fiction, pas d’embellie, aucune poésie là-dedans. Une émotion c’est tout. Moi, Prague, un pont. Des murmures, regarde, là, ce bleu, ce rose qui pâlit, et là, la brume sur le fleuve, regarde là Jule, et je regarde, j’ouvre grand mes pupilles qui s’agitent en tous sens, observent et bruissent. C’est Cézanne qui me guide, c’est Cézanne qui me conte sa Sainte Victoire peinte mille fois. C’est Cézanne oui, et tous les autres avant moi qui ont pleuré devant la beauté d’un lieu. Ni d’un film, ni d’un livre ni d’un texte, ni d’un fait, ni d’un Homme. La beauté d’un lieu. La beauté d’un moment. Un paysage piégé par le temps.

Car oui je pleure. Sous les yeux d’un amant amusé, maintenant déconcerté je pleure. Mes larmes coulent et je ris. Ma bouche ne répond plus de rien. Les dents au vent je frémis sous ses baisers. Soupir, je ris.

Mes rires sont les sanglots de ma joie.

Le soleil se cache, dernières larmes. Le temps est tu. L’instant ne reviendra jamais. Les murmures s’apaisent. Mes maîtres me quittent, me laissent seule avec mon corps, ma main, ma plume. A mon tour messagère du Beau, chargée de rendre au monde ce qu’il me donne et qu’il ne saurait voir.

L’artiste, distillateur d’un Beau bien trop pur. Derniers mots sur mon cahier, tourne les yeux vers celui qui me tient par le bras pour m’éviter de tomber alors que j’écris. M’arrête. Je sens mon cahier me glisser des doigts, tomber à mes pieds. Je lève les yeux vers lui, souris, et dans ses bras, je m’évanouis.

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Commentaires

René Jackson Nkowa
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Beau, profond et intense. Déstabilisant aussi. Aurait-on enfin trouvé le Prince...?

Mélanie
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J'ai d'abord pensé qu'il y avait du Nachwuchs dans l'air ("Je sais que j’ai quitté mon corps, ou plutôt non, je sais que je n’y suis plus seule") ^^'

Jule
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oula, oualala hahaha, rire angoissé, haha, ah ah