12 mai 2015

Pourquoi je rentre demain

15_2_05
©Le Berlinographe

Berlin, ma ville mon amour, je te retrouve demain, je rentre demain. Je quitte cette ville de fous. Je quitte cet homme qui m’éloigne de toi. Je te reviens.
Je te promets que je te suis restée fidèle ces trois dernières semaines. Oui, je l’admets, j’y ai pensé. J’y ai pensé une seconde. Te quitter pour elle. J’y ai songé, mais tu me connais, je suis une rêveuse, une foutue rêveuse, une aventurière. Je pourrais dire oui à n’importe qui, n’importe quand, pour partir n’importe où. Cela ne m’excuse pas je le sais bien. Mais je suis comme cela voilà. Je donne tout à mes passions, je donne tout à mon cœur… Comme je t’ai tout donné, toi ma belle, la première que j’ai tant aimée.
Pardonne-moi si mon cœur a tressailli pour une autre.

Elle a su jouer avec mon cœur, tu sais… Toutes ces tours érigées vers le ciel, de mille couleurs. Oui bien sûr que j’avais déjà vu des tours avant ! Pas dans mon village du sud de la France… Mais pas bien loin. Mais là tu sais ce sont des tours qui respirent la grandeur, pas la misère. Ce sont des tours vivantes, bleues, dorées, roses même pour certaines ! Et tu connais mon amour des couleurs… Des choses qui brillent… Elle m’a dévoilé ses lumières aux heures de la nuit que je préfère. Elle m’a fait traverser des routes labyrinthiques, des virages sur trois hauteurs, et dans les taxis filant dans la nuit mon cœur a tourné lui aussi, les yeux aveuglés par la vitesse.

Elle a su jouer avec mon cœur. Elle s’est fait miroir de moi. Duale elle aussi. Quand je marchais dans ses rues calmes, à l’ombre des platanes, dans le chant des oiseaux, contemplant des maisons de bois clairs, le linge qui pendait aux fenêtres. Elle a su me rappeler mon village, mon propre village ! Quand je marchais dans ses avenues surréelles, ivres de la folie consumériste. Des lumières dans tous les sens, de la musique, des cris, des hommes et des femmes qui marchent, courent, rient dans tous les sens. Elle a su me rendre mon énergie de battante, mon énergie de femme qui veut dévorer le monde. Elle m’a fait sourire, beaucoup, et marcher droit. Droite comme la ligne qui me mène à mes désirs, mes folies, ce que je vais accomplir, pour sûr.

Elle a su jouer avec mon cœur. Elle m’a rappelé mes amours, tous ceux et celles pour qui je suis tombée. Des souvenirs en cascade. Des parcs d’attractions espagnols, des journées aux lits, des cafés de bois… Tes cafés de bois.

Elle a su prétendre que je serai bien ici. Enfin reconnue dans ma complète dualité. Elle m’a entourée de cette chaleur moite que j’adore, elle a fait souffler le vent de la mer dans mes cheveux, elle a fait tomber les feuilles des arbres sur mes épaules. Elle a couvert mon corps d’un homme aux mille frissons, elle a mis dans ma bouche de nouveaux mots, aux délicieuses sonorités, elle a mis dans mes narines les odeurs du monde, du monde entier, des ananas trop mûrs, de la viande qui pourrit sur les étals, des poissons séchés sur de la glace fondue, des magasins surclimatisés, de l’air surpollué, des pollens et des fleurs sauvages, des Macdos et des pigeons sur broche. Tout ce que j’ai connu s’est retrouvé sous mes yeux, à quelques rues. Comme si toute ma vie défilait sous mes yeux. Les senteurs, les images, les textures sous mes doigts.

Elle m’a fait pleurer. Elle m’a fait marcher dans la nuit, seule, dans des rues vides où j’avais peur. Elle m’a fait jouir. Elle m’a fait monter à des centaines de mètres au-dessus du sol. Elle m’a fait rire.

Berlin mon amour, je rentre demain. Parce que malgré tous ses efforts, elle ne gagnera jamais mon cœur. Tu es la seule qui ne m’a jamais déçue. Tu es celle dont l’âme me protégera toujours. Tu es celle qui sait m’envoyer loin vers le ciel et me garder fermement sur terre. J’arrête de jouer l’oiseau et rentre me poser sur ton arbre, promis.

Berlin ma belle, je rentre demain. Les yeux lourds et le cœur fatigué. Sécheras-tu mes larmes de ton soleil neuf ? Caresseras-tu ma peau ? Me serreras-tu contre toi ? J’ose croire que oui. Cette fois encore. Et les prochaines aussi. Toi et moi, à la vie.

Partagez

Commentaires

Mélu
Répondre

Berlin, mon âme, parfois, jours de mélancolie, de joie tranquille, je voudrais te serrer contre moi. Mais tu es trop grande. Bien trop grande. Alors je m'accroche à la table du café. Je serre un arbre dans mes bras. Mon amour de toi doit sortir. Tant pis si c'est dérisoire, un peu absurde. Regards en coin. Qu'importe. Tu me consoles. Hier, aujourd'hui, demain.

Amour partagé très chère Jule, bonheur renouvelé de te voir mettre cet amour en mots.
Merci.

Jule
Répondre

Un plaisir d'écrire et de partager ces émotions avec des gens comme toi... Merci

René Jackson Nkowa
Répondre

Un voyage qui s'est bien passé. ;-)