2 décembre 2013

Parce qu’il me faut aller au bout

Ce soir je marche dans la rue
©Le Berlinographe

Samedi est arrivé dans une excitation crainte. Beaucoup d’envie. Envie d’extrême, envie d’aller au bout de quelque chose, envie de tirer sur la corde, fort, vraiment fort. Envie de faire la fête. Quoique Mathieu, Cross, Martin et moi ne sortons pas vraiment la nuit pour faire la fête. Parlons de perte bien plus que de fête. Perte de soi, perte des autres. Oublier. Aller au bout d’un sentiment qui nous ronge, nous torture.
Dans mon cas ce samedi là : la déception. A ne m’inspira pas, A ne m’inspirera plus rien. Je n’écris que dans le vrai, me nourris de véritables émotions. A me noie dans le faux depuis un mois. Aucun intérêt. A disparaît.

Je savourais l’idée de rejoindre les garçons plus tard dans la nuit quand j’arrivai au restaurant samedi soir. Soirée privée, amis éméchés, et, derrière le bar, des verres impossibles à refuser. Le premier annonça une longue soirée. Le deuxième me donna l’idée d’une virée au Berghain. Une perte dans les recoins sombres du deuxième étage, le cuir contre ma peau. Le troisième verre m’isola du groupe. Je voulais y aller seule. Comme un rite, une épreuve à traverser en solitaire, pas de spectateur pour cette mise à mort de mes espoirs amoureux. Et puis le quatrième verre, le cinquième verre et les suivants m’ont présenté C, Z, J, H… Des sourires, des vodkas, des caresses, des calvas, et une fatigue, enfin, l’esprit hors-jeu, un corps au ralenti. A quatre heures je sortais dans la Schönhauser Allee acheter des cigarettes, apercevais l’enseigne lumineuse du bar de mon ami Vincent dans la Stargarder Straße. Je m’y engouffrai sans réfléchir.

J’y ai rencontré Ian. Ian porte un manteau rouge. Ian parle anglais. Ian est musicien. Oubliés C, Z, J, H. Ecrasé A. Pas de coup de foudre cette fois. Aucune envie de lui plaire à ce Ian, mais des regards qui se croisent. Mes doigts moites et sucrés essuient mes yeux tâchés, mes lèvres acidulées. Je savoure le silence, Ian à ma gauche, Vincent de l’autre côté du bar. Echanges de cartes, promesses d’un dîner, d’écrire, surtout, à quatre mains. Une dizaine de mots prononcés dans ces quatre heures de silence délicieux, teintées de vodka nue. Pureté du moment, du vrai. Et la certitude silencieuse qu’il nous faut aller au bout de cette nuit ensemble, tous les trois, réunis autour du comptoir en bois, sous les étoiles au plafond. Aller au bout. Et le jour s’est levé sur nos visages épuisés.

Je marche ce soir dans la rue les yeux au ciel, relie Hallesches Tor à l’Alexanderplatz. Je me sens Une à nouveau. La porte de mon cœur s’est refermée et je savoure mon seul amour, Berlin. Berlin est dans le vrai.

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