Travaille

Mon cœur bat vite. Trop vite. Comme au temps des pilules des ecstasys. Je suis allongée sur un lit blanc. Cela fait vingt-quatre heures. J’ai dormi treize heures. La chambre est blanche et bois. Le lit est grand. La fenêtre donne sur l’aéroport. Les avions atterrissent dans un grand bruit. Il fait chaud. 31 degrés. Lisbonne. Cela fait vingt-quatre heures que je n’ai pas quitté la chambre. Je suis allongée sur un lit blanc. Parfois mes yeux quittent l’écran de mon ordinateur je regarde mes jambes je regarde mes pieds nus je regarde mes muscles qui se contractent par à coup je prends mon pouls j’ai peur et je sais qu’il ne faut pas avoir peur. J’ai du mal à respirer mon ventre ne se gonfle plus, tordu, serré, mes doigts hésitent je lis et relis lis et relis ils sont beaux vous êtes beaux. N. et S. vous êtes sur le point de venir au monde c’est effrayant excitant à la fois je ne veux pas vous rater je veux compter vos doigts et savoir que vous êtes parfaits mais rien n’est jamais parfait je suis bien placée pour le savoir rien ne sera jamais parfait et c’est pour ça que vous êtes si beaux je veux vous faire honneur je veux être digne de vous mes yeux se perdent je fixe mes pieds je fixe mes jambes et je te vois S. dans le fond qui travaille qui me regarde qui me rejoint qui s’allonge sur moi et je te vois S. et je pense à toi et je me demande si je t’ai mérité un jour je me demande pourquoi nous nous sommes rencontrés je te dédierai ce roman et tu m’en voudras sans doute de te le dédier mais il est à toi il te doit tout je te dois tout je te dois celui-là.