Pourquoi eux, et pas A?

Un regard de sa part...

©Le Berlinographe

J’ai parlé de Thomas. Parti de Berlin il y a des mois. J’ai évoqué Mathieu, deux fois. A qui je ne parle plus depuis des semaines. Commun accord de deux âmes en souffrance. J’ai même consacré un texte à Robert. Impressionnant comme le non existant me rassure. La fiction a mon cœur, et j’écris mieux après digestion des sentiments. Certes.

Certes ? Mensonge ! J’écris mieux sur l’instant. J’ai toujours écrit sur l’instant. Transe inspirée. Corps immobile, papier froissé, et un crayon qui court à toute allure, tentant de tracer aussi vite que mon cœur recrache ce qu’il a ingurgité. Alors pourquoi revenir à Thomas, Mathieu, Robert ?

Il m’aura donc fallu ce total immobilisme pour avoir envie de parler de Lui. Ma jambe de bois lourdement tendue devant moi, prisonnière de quatre murs, n’ayant aucune excuse pour fuir les pensées de mon corps.
Trois semaines, au fond, que ma main me démange. Trois semaines, en fait, que je marche à travers Berlin pour éviter d’écrire sur lui. A la recherche d’émotions, de sensations. Au Brunnen, au Kater, au Humboldthain. Au Berghain, au Stattbad Wedding, au Kater, encore. Mille histoires dans mes cahiers, mais rien sur lui. Mille prétextes à d’autres textes, prétextes encore à cette histoire-là. A cette histoire d’A. Une histoire beaucoup trop vraie, trop présente et trop future à la fois, une histoire que je ne vis pas encore, que j’ai trop peur de vivre. Et pourtant qu’est-ce que j’aimerais la vivre cette histoire d’A.

Il s’appelle A. Je rêve de lui, surtout le jour, je pense à lui, bien trop la nuit, panique en son silence, souris en sa présence, et raconte n’importe quoi. Un regard de sa part et mon cœur s’emballe, une hésitation de trop et mon cœur s’arrête, je panique, ma bouche prend le relais, je parle, je parle, je parle, du grand n’importe quoi ça oui. Du grand n’importe quoi… Et s’il ne m’inspirait pas ? Et si contrairement à Thomas, Mathieu, Robert, ce garçon-là ne m’inspirait pas ? Si en pensant à lui, mes pages restaient blanches ? Seule sur ma chaise, entre mes quatre murs kreuzbergiens, ma jambe de bois tendue devant moi, je rêve d’écrire sur lui, mais je n’y arrive pas. A…

4 commentaires

  1. jeuneivoiromalien
    jeuneivoiromalien · novembre 18, 2013

    Bien ton écrit

  2. Jule
    Jule · novembre 18, 2013

    Merci!

  3. Faty
    faty · novembre 18, 2013

    je crois que je vais être aussi fan de la Berlinographe…

  4. Ping : Comment j'ai quitté Berlin pour la nuit | Berlin, Histoires courtes