Parce qu’à Berlin, Silvester est un puzzle de sensations

qui explose, explose, explose

©Le Berlinographe

Avoir peur du bruit, une semaine avant la nuit. Acheter un casque, en être fière, le laisser sur la table, problème de vestiaire. Sortir dans la rue, accrochée à un bras amical, se serrer contre, fermer les yeux, les doigts sur les oreilles, le cœur qui bat, et aimer ça. Prendre le métro, la tension qui monte, les pétards qui explosent, station après station, les cris, les doigts sur les oreilles, et aimer ça. Sortir dans la rue, accrochée à un bras amical, se serrer contre, fermer les yeux, mais pas trop, histoire de savoir où l’on va. Retrouver les amis, les serrer dans ses bras, traverser la cour puis descendre à la cave, boire un verre, regarder l’heure, retourner dans la rue. Dire bonjour à ceux qu’on n’avait pas vu, les doigts loin des oreilles, les yeux grands ouverts, les pétards qui explosent, adorer ça.

Dix, boire une gorgée de champagne, Neuf, sourire à J qui est là, Huit, regarder à droite, à gauche, ça pète, ça pète encore, Sept, apercevoir Thomas, le cœur qui bat, Six, lui sourire, Cinq, avoir la main sur son bras, échanger quelques mots, Quatre, lâcher Thomas, se tourner vers Z, J, H, attraper un autre verre, Trois, attraper le regard de Thomas, Deux, attraper un joint tendu, Un, inspirer profondément, Zéro. Recracher la fumée, la tête en arrière, les tympans qui explosent et les feux rouges, dorés, verts et bleus explosent, explosent, explosent. Sentir ma main qui se glisse dans celle d’une autre, dans celle de Thomas, et Thomas qui m’entraîne, le couloir, la cour, les escaliers, les étages qui défilent, le grenier, l’échelle en bois, la trappe et le toit. Les pieds sur les ardoises gelées. Sentir mon sourire, plus grand que jamais, illuminer mon visage, réchauffer mon cœur qui explose, explose, explose. Et les feux, partout. Je tourne, tourne, et tourne encore, partout, au-dessus des toits, des maisons, au-dessus des forêts, des parcs, au-dessus de Kreuzberg, Neukölln, de la Brandenburger Tor et du Schloß Charlottenburg tout à côté, et au-dessus de nos têtes, juste au-dessus, les fusées qui explosent, tirées par Max, six étages au-dessous. Mon amour pour cette ville, et tous ces gens dans la rue. Embrasser Thomas, en souvenir, car à minuit rien ne compte, un entre-deux entre deux chiffres, l’embrasser pour rien et pour tout à la fois, pour me prouver un je ne sais quoi, l’embrasser c’est tout, et tout explose, explose, explose.

Repartir dans les escaliers, s’arrêter en chemin, une porte qui s’ouvre et Martin qui m’entraîne. Deux cartes bleues, et un billet de vingt que je roule entre mes doigts, un doigt sur la narine, inspirer profondément, la tête en arrière, redescendre à la cave. Danser, danser, danser, serrer les amis dans ses bras, danser, danser et rire.

Partir dans la rue, courir sous les pétards qui explosent, courir jusqu’au quai, monter dans le Ring, s’asseoir et se calmer, mais sourire, toujours sourire. Arriver à Treptower Park, prendre à droite, traverser le pont, contempler l’eau, la ville, deviner la Fernsehturm dans le brouillard blanc, fumée des milliers de pétards qui ont explosé. Rejoindre la queue de la Renate, le noir de la nuit qui se lève, le blanc du jour qui nous berce, souhaiter la bonne année, entrer à l’intérieur. Danser, danser, danser, bataille d’oreiller, danser encore et se faire maquiller, on me souffle au visage, me met des paillettes plein la vue. Se perdre dans les salons, se trouver dans les escaliers, danser encore, s’allonger, fermer les yeux près du feu, les images qui défilent, les paillettes qui scintillent, le soleil qui brille, danser, sourire, aimer, aimer encore.

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