Obsession du choc

Je ne sais pas ce qui m’obsède tant dans ces retrouvailles, dans l’idée de ces retrouvailles.

M. : C’est toujours quand il y a eu beaucoup de T. ces derniers temps. 

P. : C’est toujours quand vous avez passé beaucoup de temps avec d’autres. Il est le symbole du monde intérieur. Lui, c’est vous.

Lui c’est moi. Nos retrouvailles c’est à la première personne. Et quand sept jours passés avec un autre, avec des autres, alors l’obsession. L’obsession des retrouvailles. Avec moi et donc, avec lui.

C’est court, très court, ce qui m’obsède c’est le choc. Ce n’est pas l’avant, ce n’est pas l’après, c’est l’instant précis du choc.

Le mouvement du corps vers le haut, cette inspiration, cette dernière inspiration avant le choc, ce battement de cœur un peu trop fort, un peu raté qui trébuche, qui trébuche comme mes pieds trébuchent et tu es là.

Ce très court instant avant de te voir et puis tu es là, tu es là, tu portes ce même tee-shirt trop grand, sans manche, blanc, un affreux bout de tissu qui me laisse frôler tout ce que je peux de ta peau sans frôler l’indécence.

Le choc. Le choc de mon corps contre le tien. Que je dorme que je rêve ou que je l’imagine les yeux fermés les yeux ouverts, toujours ce choc, ce même choc.

Aimantés.
Assemblés.
Emboîtés.
D’un coup sec.
Sans une once de doute.
Parfaitement.
Immédiatement.
Et puis le soulagement.
Le cœur qui ralentit.
La poitrine qui monte et redescend, s’appuie plus fort contre toi quand elle monte, et le ventre qui se colle au tien à l’expiration.
Ton rire et le mien.
Ton nez dans mon cou.
Et tes bras qui m’enserrent.
Et mes bras qui t’enserrent.
Et le monde qui tourne.
Et nos pieds qui s’ancrent.
Et nos crânes qui s’ouvrent vers le ciel.

Attente, excitation, choc, emboîtement, soulagement. Et cette scène encore et encore, jours après mois après semaines toujours cette scène. Dans des aéroports berlinois des rues luxembourgeoises des gares françaises des théâtres belges cette scène et ton corps et le mien sous un soleil de plomb des cordes de pluies des vents violents des cris d’oiseaux des chants d’enfant.

Je me fous de l’après, ne veux rien savoir de l’avant non, seul ce moment, court et obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant. Obsédant.