Le Berlinographe http://leberlinographe.mondoblog.org Histoires Courtes Wed, 12 Dec 2018 11:16:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.11 http://leberlinographe.mondoblog.org/files/2016/08/cropped-favicon-berlinographe-32x32.jpg Le Berlinographe http://leberlinographe.mondoblog.org 32 32 Regard bleu http://leberlinographe.mondoblog.org/regard-bleu/ Wed, 12 Dec 2018 11:16:30 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1774 Je suis assise sur la deuxième chaise en partant de la gauche, troisième en partant de la droite et devant moi, à trois rangées de chaises, l’estrade, et sur l’estrade ce regard. Ce visage tourné dans ma direction. Ces cheveux bruns. Ces yeux bleus mais un voile. L’alcool ? L'hiver ? Sur l’estrade ce regard.

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Il y a quatre chaises. Devant nous quatre chaises, derrière nous quatre chaises, partout quatre chaises alignées. Je suis assise sur la deuxième chaise en partant de la gauche, troisième en partant de la droite et devant moi, à trois rangées de chaises, l’estrade, et sur l’estrade ce regard. Ce visage tourné dans ma direction. Ces cheveux bruns. Ces yeux bleus mais un voile. L’alcool ? L’hiver ? Sur l’estrade ce regard. Franc, froid et chaud en même temps, fixe et décidé, un regard qui ne m’est pas destiné. Non. Légèrement plus à droite. À sa gauche mais à ma droite. Ce regard tombe sur ma voisine, sur le visage de ma voisine qui, elle, regarde le musicien à notre droite, presque derrière nous. Il joue de la guitare, chante une chanson, dans la salle on sourit, c’est beau et un peu kitsch – très kitsch – il chante du Yves Montand, il a une voix d’opéra, très belle, mais sous les colonnades, c’est un peu… Kitsch. Ma voisine ne le quitte pas des yeux, elle ne sourit pas mais le coin de sa bouche frémit, elle aimerait sourire mais elle n’ose pas, quand on sourit le rire n’est pas loin et derrière lui le fou. Sa bouche frémit, peut-être sent-elle le regard accroché à sa peau ? Celui qui la surveille depuis la scène ? Car il la surveille, il la fixe. Il veut voir si elle va sourire. S’ils partageront un rire plus tard, autour d’un verre de vin peut-être, le rouge n’est pas très bon ce soir, fond de cave, le traiteur n’a pas prévu assez de bouteilles. Il épie le sourire qui ne vient pas puis se voile à nouveau. L’alcool ? Les médicaments ? Il est si concentré qu’il ne cille pas, ne s’envole pas vers moi, il ne me voit pas l’observer derrière la dame aux cheveux gris et son chapeau. Une mèche de cheveux glisse lentement vers son visage, la femme sur l’estrade ne la sent pas, ou peut-être la sent-elle mais elle ne veut pas détourner le regard, elle ne veut pas quitter ma voisine des yeux. Suis-je la seule à l’avoir remarquée ? Suis-je la seule à projeter, fantasmer, rêver la relation qui les unie ? Car même si l’alcool, même si les médicaments, même si le trac de la scène et le chanteur jeune et vieux à la fois, il est étrange que cette femme, là, sur scène, en charge d’animer la soirée, cette femme que l’on connaît bien, qui rit fort et fume des cigarettes aussi longues que ses cheveux de jeune fille, il est étrange que cette femme ne regarde ni son public, ni le chanteur, ni même l’ingé son. Il est étrange qu’elle fixe cette autre femme, son amie, une amie de longue date, qu’elle la fixe en guettant son sourire, pour se rassurer sans doute, se dire que la soirée a pris, prendra, qu’on la félicitera demain, c’était une bonne soirée, bravo, avec tous ces rebondissements, l’invité de dernière minute, l’auteure qui a annulé, et l’autre qui a manqué nous faire un choc allergique, il faudra vraiment changer de traiteur en 2019, vraiment, bravo, non, ce n’est pas seulement pour se rassurer. Cette brume dans ses yeux ce n’est ni l’alcool, ni les médicaments, ni le trac, c’est l’apparition sur sa rétine de pensées secrètes, secrètes parce qu’intimes parce qu’interdites, révélées par l’alcool, les médicaments, le trac oui peut-être, mais ce n’est pas seulement le désir de voir l’autre sourire, c’est le désir de partager le sourire de l’autre, c’est l’envie d’être la cause du sourire, c’est l’envie de sourire parce que l’autre sourit, c’est le désir de l’autre. Ma voisine applaudit. Le chanteur s’incline, applaudit lui aussi (l’ingé son, le flûtiste), je tourne la tête mais le chapeau gris. Je ne verrai rien du soulagement, du sourire, de la tristesse heureuse de voir l’autre heureuse et de n’y être pour rien. Je ne verrai rien de tout cela et tant mieux. Souvent le fil de mon imaginaire me convient mieux.

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Haïku http://leberlinographe.mondoblog.org/1767-2/ Mon, 26 Nov 2018 09:12:44 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1767 Un haïku est un poème, très bref, qui célèbre l'évanescence des choses.

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Je rêve la nuit,
C’est l’été et nous existe,
Au matin j’ai froid.

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Retrouvailles 2 http://leberlinographe.mondoblog.org/1754-2/ Fri, 19 Oct 2018 09:16:42 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1754 En un instant – invisible – je me retrouverais dans tes bras je sauterais à ton cou tu enfouirais ton visage dans le mien tes bras m’enserreraient mes côtes craqueraient on serrerait fort, respirerait fort, soupirerait fort.

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On se retrouvera rue des écoles. Retrouverait. On se retrouverait rue des écoles. On aurait rendez-vous. Est-ce que j’arriverais la première ou toi ? Oui, j’arriverais la première. Dix-neuf, vingt heures, le soleil déclinerait. Tu serais dans mon dos à quelques mètres, je ne te verrais pas parmi ceux qui entrent et sortent de la Manufacture, entrent et sortent du village du off. J’avancerais puis me retournerais, je penserais te voir mais à contre-jour je ne saurais être sûre. Alors je mettrais ma main devant mes yeux et tu serais là. Officiellement là. Tu me sourirais tes grands yeux bleus me souriraient tu n’aurais pas coupé tes cheveux ni toi ni moi n’aurions vraiment changé. Je porterais ma robe longue. Tu t’arrêterais à quelques centimètres. Bonsoir. Redis-le. Bonsoir. Encore. Bonsoir. Tu m’as manqué. Ta voix, ta voix m’a manqué. Ta peau, ta peau m’a manqué. Je ne quitterais pas tes yeux des miens. Tirerais sur la corde invisible sur l’élastique jusqu’à ce que ça fasse mal, jusqu’à ce qu’il craque. En un instant – invisible – je me retrouverais dans tes bras je sauterais à ton cou tu enfouirais ton visage dans le mien tes bras m’enserreraient mes côtes craqueraient on serrerait fort, respirerait fort, soupirerait fort. Et puis le mur dans mon dos. Mes mains dans tes cheveux. Tes lèvres sur ma peau. Ce sera l’été il fera chaud.

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L’invisible se meurt http://leberlinographe.mondoblog.org/linvisible-se-meurt/ Sun, 14 Oct 2018 09:15:32 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1752 Mon corps pourrit à l’intérieur. L’invisible se meurt, je meurs, et je le sens. Mes organes, les uns après les autres, ma peau, des milliers de bestioles me rongent et font leurs dents sur moi je verdis je noircis je m’effrite tout le monde s’en fout.

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Mon corps pourrit à l’intérieur. L’invisible se meurt, je meurs, et je le sens. Mes organes, les uns après les autres, ma peau, des milliers de bestioles me rongent et font leurs dents sur moi je verdis je noircis je m’effrite tout le monde s’en fout. Il y a bien eu l’ostéopathe qui m’a demandé si cette tache blanche sur le pouce avait toujours été là. Et puis la naturopathe/acuponctrice/magnétiseuse je serai vous je ferai quand même vérifier la thyroïde elle a toujours été gonflée comme ça ? Ma vessie me lâche. Mon dos. Mon vagin. Le stress, le stress c’est le stress les médecins ne voient rien, ne trouvent rien, à 28 ans on n’a pas de carences, on n’est pas malade, les carences de toute façon ça n’existe pas dans nos pays, c’est la fatigue, c’est le stress ça, vous méditez ? Aidez les mamies à traverser la rue, vous verrez ça ira mieux. Mon ventre me brûle. Ce soir je ne sais pas si c’est l’inflammation de l’urètre, l’infection de la vessie ou encore la mycose, l’ovaire, oui l’ovaire me fait mal, le droit, ça fait trois semaines, entre temps mes règles mais ça n’a rien changé. Il me fait mal. Ah, et l’autre pouce j’oubliais. L’eczéma est revenu. Les lésions, le pus, c’est petit, encore petit, une petite surface près de l’ongle mais ça suffit pour piquer quand je me lave les mains, quand c’est trop sec, trop humide, ça s’agrandit, bientôt ça prendra tout le pouce ça grattera ça suintera en permanence comme il y a trois ans. Comme il y a trois ans je tombe. Pas dans les pommes mais dans un vide. Des points noirs, les membres trop lourds, plus capable de rien seulement regarder devant. Ah, ai-je mentionné l’orgelet ? Ce bouton qui me raye la rétine à chaque clignement de paupière ?

Hier, j’ai rencontré cette fille. Endométriose, solution pilule, résultat plus 20 kilos. Hier j’ai rencontré cette fille, trois mois dans une maison thérapeutique. C’est ce qui m’attend c’est ça ? C’est là qu’on va finir par m’envoyer ? Vous m’aviez prévenue déjà, 2012, 2015, 2018 sera la bonne ? Et si je n’y vais pas ? Si, comme chaque fois, au dernier moment, je trouve la force nécessaire de faire semblant. De continuer à socialiser, à travailler, à aller de l’avant – car c’est ce qui me sépare des autres c’est ça ? de ceux qui prennent des médicaments ? – si je n’y vais pas si je ne les prends pas, jusqu’où ça ira ?

On dira : elle était trop sensible pour cette vie – et trop jeune pour… On dira elle était trop sensible, un ange – ou toute autre connerie – il y avait des signes, ça risquait d’arriver, regardez cette série d’autoportraits datant de 2012, et ces textes… Quelle noirceur, et quelle beauté. Mais elle était trop sensible oui, pour elle cette vie, la vie, c’était trop compliqué.

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Je file http://leberlinographe.mondoblog.org/je-file/ Wed, 19 Sep 2018 08:26:42 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1746 Je ne sais pas si c’est le vent dans mes cheveux
Le soleil qui brille encore
19 septembre en sandales blanches
Le rose de mon pantalon de printemps
Je ne sais pas si c’est le cri des enfants
La lumière qui frappe dans le dôme
Au milieu du cimetière
Je ne sais pas si c’est l’odeur familière
De croissant de tilleuls les guêpes
Mais ce sourire (...)

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Je ne sais pas si c’est le vent dans mes cheveux
Le soleil qui brille encore
19 septembre en sandales blanches
Le rose de mon pantalon de printemps
Je ne sais pas si c’est le cri des enfants
La lumière qui frappe dans le dôme
Au milieu du cimetière
Je ne sais pas si c’est l’odeur familière
De croissant de tilleuls les guêpes
Mais ce sourire
Ce bonheur
Irradie sous ma peau
À chaque coup de pédale
Chaque coup de pédale
Et mon cœur qui s’emballe
Vite, loin, fort
Toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus fort
Ce bonheur ô ce bonheur d’être libre
D’être là
D’être en selle
Vivante.

Il m’attendait dans la grange
Le garage l’entrepôt le hangar l’écurie
J’ai ouvert la porte qui grince
Défoncée par des années de pluie
Sorti musique porte porte encore jambe pédale je file
Je file à nouveau.

Après deux semaines allongées
Deux semaines de vide
De larmes chaudes de rendez-vous chez des médecins occidentaux
Je file à nouveau
Je ne sais pas ce que c’est mais toujours et les années n’ont rien changé
Toujours la pédale le vent la piste cyclable
Et un bonheur inégalable.

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Gegenwelt http://leberlinographe.mondoblog.org/gegenwelt/ http://leberlinographe.mondoblog.org/gegenwelt/#comments Mon, 20 Aug 2018 11:17:25 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1736 Mesdames et messieurs nous sommes ravies de vous accueillir dans ce contre-monde écrit, mis en scène et interprété par... Moi-même. Méthode dangereuse mais efficace, consistant à quitter totalement la réalité. Perdre pied. Devenir personnage pour de vrai.

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– Sie gehen gerne in Gegenwelten…
– Ja.

Contre-monde. Un Loch, immense, du sable, beaucoup de sable, des roches sur lesquelles je venais m’écorcher. C’était il y a sept ans.

Aujourd’hui plus vert, une oasis ? On dirait bien. Du bois, des arbres, des fleurs qu’ils ont plantés au fil des ans, Hannes, Pierre, Luc, Thomas, Samuel (deux fois), Antoine. Je grave leur nom, les encre : Hannes, Pierre, Luc, Thomas, Samuel (deux fois), Antoine comme une litanie, litanie, litanie.

– Je ne suis pas un personnage. C’est ce que tu fais, tout le temps, tu prends les gens et tu en fais des personnages Mais moi je ne suis pas un putain de personnage.

Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) AntoinePierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) AntoinePierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) AntoinePierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) AntoinePierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Pierre Luc Thomas Samuel (deux fois) Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine Antoine

– Wie gehen Sie hin ?
– In diese Gegenwelt ?

Il y a plusieurs façons d’y aller.

   Se rendre dans un contre-monde, méthode 1 : la lecture

Facile, accessible. Risque ? Minime. Plonger s’immerger dans un livre. J’y pense le matin, le soir, me réjouis d’aller au lit, seule avec lui, l’emporte partout avec moi, absolument partout, même s’il pèse lourd et que je sais parfaitement que je n’en tournerai pas une page de la journée, l’emporte avec moi pour savoir que si je veux, quand je veux, où je veux, je plonge dans ce contre-monde.

   Se rendre dans un contre-monde, méthode 2 : l’écriture

Différence : l’adjectif possessif remplace ici l’article indéfini. Mon contre-monde. Je lance la playlist “écriture” principalement composée de l’album “We Sink” de Soley. Je plonge dans mon contre-monde et me tiens prête à l’animer. Sous ma plume je retrouve mes personnages préférés. Plonger et animer. Leur faire dire ce que je veux exactement, par exemple :

Tu es belle, tu me manques, je crève d’envie de te revoir de sentir ta peau sous mes doigts j’ai mal au corps tellement je pense à toi.

Leur faire dire ce que je veux entendre et sourire, pleurer, sourire en pleurant, tac, tac, tac marionnettes, plonger dans mon contre-monde et l’animer.

   Se rendre dans un contre-monde, méthode 3 : la mise en scène

Mesdames et messieurs nous sommes ravies de vous accueillir dans ce contre-monde écrit, mis en scène et interprété par… Moi-même. Méthode dangereuse mais efficace, consistant à quitter totalement la réalité. Perdre pied. Devenir personnage pour de vrai.

– Meinen Sie Avignon ?
– Ja, Avignon. Aber genauso wie das Restaurant, wohin ich immer freitags gehe, denn ich weiß, dass Thomas hinter dem Tresen steht.

Devenir personnage soi-même. C’est quand j’ai oublié mon contre-monde trop longtemps, quand j’ai oublié de m’y rendre et que tourner des pages m’emmerde, que l’écriture ne suffit plus. S’y rendre. Directement. En personne. Sans passer par les mots sans passer par la plume. Prendre sa valise et s’y rendre. C’est être le marionnettiste et la marionnette, c’est quand je lui souffle à l’oreille :

– Tu es ma plus belle histoire d’amour.

Et qu’en vérité je pense :

– Tu es ma plus belle histoire, tout court.

C’est pleurer, vibrer et jouir, et la nuit en rentrant se coucher c’est tout noter, tout documenter, pour plus tard tout relire. Ne plus manger ne plus dormir. Dans ce contre-monde plus rien de ça n’existe.

– Was finden Sie dann in dieser Gegenwelt ?

Des corps et des frissons. Chaque décision est déclenchée par une pulsion. Ce monde est sensuel. Sinnlich. Sinnlich und sinnlos. Sensuel, oui.

Je m’illumine, mon corps se tend dans le fauteuil en cuir. Me voilà déjà prête à refaire ma valise. Il le sent, prend encore quelques notes, soupire et m’annonce le verdict :

– Aber genau das wollen wir ab jetzt vermeiden…

Wollen je ne sais pas mais oui, j’imagine…

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Maigrir d’amour et d’eau tiède http://leberlinographe.mondoblog.org/maigrir-damour-deau-tiede/ http://leberlinographe.mondoblog.org/maigrir-damour-deau-tiede/#comments Tue, 07 Aug 2018 07:50:41 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1729 Je suis partie dans la nuit avant la nuit. J’ai traîné ma valise dans la lumière d’un soleil éteint. Je n’ai pas regardé à droite je n’ai pas regardé à gauche tout droit, tout droit jusqu’à la gare. On est venu la chercher elle s’effondre dans les bras qui l’enserre.

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Je suis partie dans la nuit avant la nuit. J’ai traîné ma valise dans la lumière d’un soleil éteint. Je n’ai pas regardé à droite je n’ai pas regardé à gauche tout droit, tout droit jusqu’à la gare. On est venu la chercher elle s’effondre dans les bras qui l’enserrent.

— Tu as maigri ! Tu as mangé ?
— Je crois, hier oui.

Maigrir d’amour et d’eau tiède.
Dans la voiture elle pleure.
Le matin elle pleure. Elle ne veut pas se lever. À quoi bon se lever si ce n’est pas pour le retrouver.
Ce soir elle ne se changera pas trois fois
Elle ne remettra pas de rouge à lèvre
Ils n’iront pas au théâtre
Leur peau ne se frôlera pas
Ses doigts ne caresseront pas sa cuisse son bras son genou son pied
Il ne se collera pas dans son dos à la sortie
Il n’embrassera pas sa nuque
Ils ne marcheront pas dans la rue collant toutes les parties de leur corps tout ce qui est possible
Ils ne pousseront pas la grille
Ils ne s’assiéront pas à la table du jardin
Ils ne boiront pas de vin
Ils ne monteront pas dans la chambre
Ils n’allumeront pas la petite lampe
Ils ne se souriront pas
Ne s’embrasseront pas
Il ne dira pas tu es belle à crever
Il ne dira pas j’ai envie de toi
Ni avec les yeux ni avec le corps ni avec la voix
Ce soir elle n’entendra pas sa voix
Demain non plus
Alors pourquoi, pour quoi faire.

Elle se retourne remonte le drap. Dans l’oreiller elle hurle.

Quarantaine. Isolement. Sevrage. Centre de désintoxication. Internée de son plein gré. Zone tampon.

— Mange un peu.
— Tu veux boire quelque chose ?
— Ne reste pas en plein soleil comme ça.

Je ne veux pas manger. Je n’ai pas faim. Laissez-moi en paix laissez-moi mourir de faim ces grognements ces spasmes ces points noirs devant mes yeux ces bégaiements ces absences c’est tout ce qui me reste pour me sentir vivante pour me sentir.

Dans la piscine elle enchaîne les longueurs. Elle nage, hypnotisée, ses lèvres sont bleues elle nage encore, ses dents claquent elle nage encore, sa jambe crampe elle ne s’arrête pas, elle aimerait se noyer, elle aimerait faire une crise cardiaque.

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Le bruit de nos corps http://leberlinographe.mondoblog.org/bruit-de-nos-corps/ Tue, 31 Jul 2018 11:21:10 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1723 J'imagine le bruit de nos corps. Clac. Le bruit qu'ils feraient que feraient nos deux corps se rencontrant à nouveau. Car je me jetterais dans tes bras. Tu les ouvrirais grand les refermerais vite. Et juste avant que je m'y jette dans les derniers mètres tu plongeras ton regard dans le mien une lueur de bonheur allumera ton visage et moi, cette fois-ci, je ne fuirai pas tes yeux je regarderai toi cette fois-ci je ne dirai rien rien rien.

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Texte écrit à l’occasion d’un projet radiophonique en train de voir le jour. Stay tuned.


Hall des arrivées, aéroport. Dans la foule qui se presse fleurs et valises à la main tu serais là et moi pas loin. Un mur, une vitre, une barrière. Là.

J’imagine le bruit de nos corps. Clac. Le bruit qu’ils feraient que feraient nos deux corps se rencontrant à nouveau. Car je me jetterais dans tes bras. Tu les ouvrirais grand les refermerais vite. Et juste avant que je m’y presse dans les derniers mètres tu plongeras ton regard dans le mien une lueur de bonheur allumera ton visage et moi, cette fois-ci, je ne fuirai pas tes yeux je regarderai toi cette fois-ci je ne dirai rien rien rien. Clac. Le bruit de mon corps contre le tien clac nos clavicules clac nos côtes clac l’os de nos mâchoires ton nez se précipiterait dans mon cou respiration mes lèvres sur ton épaule j’embrasserais ta peau douce toujours douce. Tes bras m’enserrent, tout se touche rien ne se décolle.

Tu es belle me souffles-tu à l’oreille. Je lève les yeux au ciel mais contre les frissons naissants je ne peux rien tu gagnes toujours. Mes mains remonteront sur ta nuque mes doigts se perdent dans tes cheveux cette fois c’est toi qui trembles tu embrasses mon cou et ma gorge et ma b- attends.

Dans le hall certains certaines attendent encore et se demandent ce qu’est cette forme qui se déplie sans se mouvoir. Un thorax blanc coton lin marron huit pattes nues et des poils blonds sur le dessus.
Un enfant : c’est son frère?
Sa mère : son amoureux.
Elle : un jumeau.

Tu souris contre mon cœur.

J’imagine le choc de nos corps clac et la vague me submerge. Soulagement. Soulagement soulagement soulagement soulagement soulagement soulagement soulagement soulagement ta respiration qui s’allonge les soupirs les miens tes mains qui dévalent la courbe de. Manque manqué manquera tu et moi- dans un bruit de ventouse nos corps se détachent. Dans mes yeux un voile puis la netteté les couleurs vives ton visage a changé lumineux plus lumineux le monde autour de moi résonne. Je t’inspire comme j’inspirai mon rail m’effondre et dans la foule, je disparais.

 

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T’aimer de loin http://leberlinographe.mondoblog.org/taimer-de-loin/ Wed, 25 Apr 2018 12:42:28 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1719 Quand je te vois je perds mes mots je ne sais plus quoi dire comment le dire les syllabes s’emmêlent et se confondent mais ce n’est pas important. Ce n’est pas important parce qu’on n’est pas fait pour parler toi et moi. On est fait pour se toucher. S’effleurer. Il y en a qui parlent de tout qui peuvent s’échanger des millions de mots pendant que nous échangeons des millions de frissons.

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Tu m’as dit « Grimpe » j’ai dit « hein ? » tu as dit « grimpe » et tu as appuyé sur la pédale. Je t’ai regardé t’éloigner, j’étais saoule. GRIMPE. J’ai couru, j’ai sauté sur le porte-bagage. Je me suis accrochée à ton pull. Je n’ai su résister à tes hanches. Mes jambes pendaient sur le côté dans la nuit il est quatre heures du matin tu me ramènes à la maison. Devant nous les amis pédalent et boivent on rit. On prend toute la place toute la route j’ai peur qu’on nous voit j’ai peur qu’on se prenne une voiture tu es mort saoul mais tu pédales tu m’as dit « je te ramène » et tu me ramènes je suis assise sur le porte-bagage je m’accroche à toi je souris je ne vois pas la route mes jambes pendent sur le côté j’ai peur. J’ai peur et je ris. C’est la plus belle nuit le plus beau moment que je vis depuis… Depuis.

Je sais que tu te sens seul tu l’as dit à B. l’autre jour. Je sais que tu te sens nul, inutile, que ta vie n’est pas celle que tu aurais voulu vivre que rien ne va que ça fait des années que rien ne va et qu’à chaque pas en avant c’est mille pas en arrière et maintenant c’est la jungle et tu sais que jamais tu ne t’en sortiras. Mais moi je t’ai vu. Je t’ai vu je te vois je t’aime et j’aime l’effet que tu as sur moi. J’aime ton corps j’aime être contre toi. Quand je te vois je perds mes mots je ne sais plus quoi dire comment le dire les syllabes s’emmêlent et se confondent mais ce n’est pas important. Ce n’est pas important parce qu’on n’est pas fait pour parler toi et moi. On est fait pour se toucher. S’effleurer. Il y en a qui parlent de tout qui peuvent s’échanger des millions de mots pendant que nous échangeons des millions de frissons. Je ne connais pas grand chose de ta vie je ne me rappelle plus du nom de tes parents de tes frères et sœurs de tes amis je ne sais plus où tu as vécu toutes ces années mais je connais chaque pore de ta peau chaque muscle chaque poil chaque reflet et la couleur de tes yeux la profondeur de tes yeux chacun de tes cils ta langue. Eux je les connais. Tu ne me manques pas. Je ne pense jamais à toi. Mais quand je te vois… Quand je te vois. Je n’ai pas su pourquoi tu me remerciais l’autre jour. Maintenant je comprends. On ne s’est pas embrassés ce soir-là. On n’a pas baisé on n’a rien dit. Tu as compris que je n’étais pas libre que je ne serai plus jamais libre qu’un autre avait mon cœur et moi je n’ai rien fait pour te reconquérir. On s’est frôlés. On a laissé les autres nous regarder du coin de l’œil un brin inquiets un brin charmés. Toi et moi les deux morceaux brisés du même miroir. Toi et moi côte à côte un puzzle en 2 pièces. Facile à faire facile à recoller. Tu as passé un bras autour de mes épaules, autour de mes hanches, tu m’as proposé ton écharpe quand j’ai eu froid, tu m’as raccompagnée à la maison tu m’as serrée contre toi. Je t’ai serré en retour. Fort. Longtemps. J’aurais voulu t’embrasser j’aurais voulu te déshabiller j’aurais voulu te dire de monter te faire l’amour contre le mur de l’immeuble c’est faux je n’ai rien voulu de tout ça toi et moi on ne fera plus jamais ça parce qu’on sait ce qu’on est on sait ce qu’on n’est pas. Toi et moi on est fait pour se frôler. Se faire vibrer habillés. Se faire du bien se sourire. S’aimer de loin. S’aimer de loin.

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Funambule http://leberlinographe.mondoblog.org/funambule/ Mon, 23 Apr 2018 08:54:10 +0000 http://leberlinographe.mondoblog.org/?p=1714 Ma vie je la passe sur un fil. Parfois je tombe. Et quand le soleil brille je m’envole. Une semaine de chaleur et je monte, monte, monte et je fais tout pour ne pas regarder en bas car je sais que plus je monte plus la chute sera violente. Plus le temps de s’en remettre […]

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Ma vie je la passe sur un fil. Parfois je tombe. Et quand le soleil brille je m’envole. Une semaine de chaleur et je monte, monte, monte et je fais tout pour ne pas regarder en bas car je sais que plus je monte plus la chute sera violente. Plus le temps de s’en remettre sera long. Deux semaines pour une chute de vélo. Un mois pour une chute de cheval. Combien pour une chute de fil ?

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