L’invisible se meurt

Mon corps pourrit à l’intérieur. L’invisible se meurt, je meurs, et je le sens. Mes organes, les uns après les autres, ma peau, des milliers de bestioles me rongent et font leurs dents sur moi je verdis je noircis je m’effrite tout le monde s’en fout.

Je file

Je ne sais pas si c’est le vent dans mes cheveux
Le soleil qui brille encore
19 septembre en sandales blanches
Le rose de mon pantalon de printemps
Je ne sais pas si c’est le cri des enfants
La lumière qui frappe dans le dôme
Au milieu du cimetière
Je ne sais pas si c’est l’odeur familière
De croissant de tilleuls les guêpes
Mais ce sourire (…)

Gegenwelt

Mesdames et messieurs nous sommes ravies de vous accueillir dans ce contre-monde écrit, mis en scène et interprété par… Moi-même. Méthode dangereuse mais efficace, consistant à quitter totalement la réalité. Perdre pied. Devenir personnage pour de vrai.

Funambule

Ma vie je la passe sur un fil. Parfois je tombe. Et quand le soleil brille je m’envole. Une semaine de chaleur et je monte, monte, monte et je fais tout pour ne pas regarder en bas car je sais que plus je monte plus…

Transpirer le monde

Est-ce que c’est ça l’angoisse de la page blanche ? J’ai toujours cru que c’était quand on n’avait plus rien à dire. Moi j’ai beaucoup de choses à dire. Enfin l’impression d’avoir beaucoup de choses à dire. Le problème c’est que je n’ai plus la force d’écrire. Plus envie ? Mon Dieu que c’est triste.

Des hauts, des bas, des trains

Lundi tout a changé. Lundi, mardi, mercredi, jeudi et puis aujourd’hui, vendredi, le réveil a sonné à 7h55. Le petit déjeuner était prêt à 8h15. Les dents lavées à 8h55, et à 9h08 le S-Bahn quittait le pont. Cette routine dure depuis cinq jours, et voilà cinq jours qu’entre 9h08 et 9h31 elle affiche sur le visage une lumière ancienne et délicieuse, de la couleur des ampoules qu’on a depuis toujours et qu’on s’étonne de ne jamais remplacer.

Travaille

Mon cœur bat vite. Trop vite. Comme au temps des pilules des ecstasys. Je suis allongée sur un lit blanc. Cela fait vingt-quatre heures. J’ai dormi treize heures. La chambre est blanche et bois. Le lit est grand. La fenêtre donne sur l’aéroport. Les avions atterrissent dans un grand bruit. Il fait chaud. 31 degrés. Lisbonne. Cela fait vingt-quatre heures que je n’ai pas quitté la chambre.

Il fait chaud

Il fait chaud. Vraiment chaud. 30.8 affiche le thermomètre. Il y a une semaine j’avais un k-way. Des chaussettes, mais chaussons n’étaient pas rangés. Ce matin je danse. That look you give that guy, instead of me. J’écarte les bras, je balance d’un pied sur l’autre, je souris. Je caresse mes cheveux qui dégoulinent, je sors de la douche, il fait chaud. Vraiment chaud.

Ce sera au soleil

Si un jour je déménage ce devra être au soleil
Dernier étage sous les toits sous l’étoile
Au soleil

Tu me manques

Septembre, le 13 exactement, je suis partie. Je t’ai quittée, je me suis envolée. Encore une fois. Je n’avais pas passé 10 jours dans tes bras que je repartais déjà. Pas très grande classe. Ça fait quoi un an, plus d’un an je crois que je le répète à tout va, à tout le monde, à moi : j’ai besoin d’une pause, il faut que je parte. Mais dans la lumière des soleils qui se lèvent, quand j’entends les feuilles des arbres bruisser sous ma fenêtre, quand je flâne au bord du canal, que j’achète une glace dans les petites rues de Neukölln, que nous buvons des verres jusqu’à pas d’heures au milieu du parc en bas, je te souris, et je me perds dans le vert des feuilles, l’air bleuté du froid qui revient, la neige qui frappe à ma porte, les gravillons qui emplissent l’appartement, je t’aime et je te hais, quatre ans que ça dure. Il paraît que la passion s’estompe, se transforme… Je ne sais pas.

Parole d’objet

Je crois qu’elle ne m’aime plus. Elle ne m’a pas souri depuis des jours, cinq, j’ai compté. Cinq jours qu’elle ne m’a pas touché. Est-ce que c’est moi ?

Portrait Chinois

Si j’étais un âge de la vie je serai l’enfance parce qu’on me l’a volée et depuis elle me hante.

Si j’étais une couleur je serai l’indicible parce que j’en vois trop et elles n’ont pas de nom, le français me limite.

Si j’étais un vêtement je serai une robe dont le tissu volerait au vent parce que j’aime trop les frissons quand l’été est brûlant.