A la lune

J’ai demandé à la lune qu’elle me donne un corps de pierre.
Un galet dense dans la main. Aux contours si beaux si purs si bruts qu’ils couperaient les mains de ceux qui serreraient trop forts.
J’ai demandé à la lune de m’ôter ce corps d’éponge.
Je lui ai dit de me retrouver sur la plage, à l’heure où les étoiles profitent de l’instant pour filer discrètement.
Je me mettrai nue. Je m’enlacerai. Et je presserai. Fort.
Toutes ces émotions qui ne sont pas les miennes, tous ces très et tous ces trop surtout, glisseraient de moi, lécheraient ma peau avant de couler sur le sable. Aspirés par la marée lunaire.
J’ai demandé à la lune de me changer en pierre.
Elle m’a dit coquillage.
J’ai dit mon coeur?
Elle m’a dit mort.
J’ai demandé à la lune si je pouvais réfléchir.
Elle m’a dit presse-toi.
Alors j’ai pressé mon corps.
Mes pieds s’enfoncent dans le sable, trempé de mes larmes.
Seule et salée.

Ecrit dans le cadre de l’atelier d’écriture « les lundis sous la lune »