Retrouvailles 2

On se retrouvera rue des écoles. Retrouverait. On se retrouverait rue des écoles. On aurait rendez-vous. Est-ce que j’arriverais la première ou toi ? Oui, j’arriverais la première. Dix-neuf, vingt heures, le soleil déclinerait. Tu serais dans mon dos à quelques mètres, je ne te verrais pas parmi ceux qui entrent et sortent de la Manufacture, entrent et sortent du village du off. J’avancerais puis me retournerais, je penserais te voir mais à contre-jour je ne saurais être sûre. Alors je mettrais ma main devant mes yeux et tu serais là. Officiellement là. Tu me sourirais tes grands yeux bleus me souriraient tu n’aurais pas coupé tes cheveux ni toi ni moi n’aurions vraiment changé. Je porterais ma robe longue. Tu t’arrêterais à quelques centimètres. Bonsoir. Redis-le. Bonsoir. Encore. Bonsoir. Tu m’as manqué. Ta voix, ta voix m’a manqué. Ta peau, ta peau m’a manqué. Je ne quitterais pas tes yeux des miens. Tirerais sur la corde invisible sur l’élastique jusqu’à ce que ça fasse mal, jusqu’à ce qu’il craque. En un instant – invisible – je me retrouverais dans tes bras je sauterais à ton cou tu enfouirais ton visage dans le mien tes bras m’enserreraient mes côtes craqueraient on serrerait fort, respirerait fort, soupirerait fort. Et puis le mur dans mon dos. Mes mains dans tes cheveux. Tes lèvres sur ma peau. Ce sera l’été il fera chaud.